Wednesday, October 2, 2013

-Chronique d'un séjour sur Terre (4)-




-LE GUINCHE-LUNE-



Pour moi , l’arrivée du printemps, ça n’est pas le 21 mars…


Mais  le 25 , lorsque l’on rajoute une heure de plus à nos montres et qu’il fait nuit de plus en plus tard , jusqu’en été.
Pourquoi ne dérègle-t-on pas notre montre plus tôt dans l’année ?On cesserait ainsi de se plaindre les après midi d’hivers :
-« Rhooo , il fait déjà bientôt nuit et il est à peine 17H !!! »

Pour moi, l’arrivée du printemps c’est aussi ces petites fleurs blanches , qui viennent s’accrocher aux branches des cerisiers…De mes cerisiers.


                                



Avant d’être tristement rebaptisée « l’avenue de baulieu » , le quartier où j’ai grandi  et où mes parents vivent encore aujourd’hui , était nommé : le « lotissement des Cerisiers » …

Mon voisin , « Simone » ,  immigré italien , maçon de son état,me racontait parfois avec son gros accent :
-« Tou sais poulquoi il y a tout ces cérisiers ici ?
-Euh…Non ?Pourquoi Simone ?
-Et bien c’est parcé que c’est oun ancienne fausse communé …En constrouisant ma maison , en crésant les fondations , on a rétrouvé des squélettes et des casques allémands…

La terre est argileuse et fertile…Voilà poulquoi avant d’être lé pays dé la figue , lé village était céloui des cérises. »



‘Y’ a dû en avoir beaucoup des soldats là-dessous , parce que croyez moi , les cerises qui poussent par ici sont énormes et sucrées , fermes et craquantes , les meilleures qui soient !
Pas de la petite guigne de pacotille à la con, à ça non !
Mais des  bigarreaux gros comme le poing !…(Le poing d’un nouveau-né cela va de soit…)
Et je le dis le plus franchement du monde , sans aucun chauvinisme.

-« Est ce que je peux sortir de table , maman? »
-« Tu ne veux pas de désert ?Tu veux aller jouer dehors avant qu’il fasse nuit c’est ça ?
Ne rentre pas trop tard , ‘y’a école demain… »

Excité comme une puce , je  dévalai les marches deux par deux.Pourquoi étais-je alors aussi heureux ?
L’école n’allait plus tarder à entonner son chant du cygne.L’été n’était plus très loin  , et en grimpant tout en haut de mon arbre , j’apercevais déjà à l’horizon , les grandes vacances qui se profilaient.

Je dis « mon » arbre , non que je considère qu’il fut mien (les arbres n’appartiennent à personne) , mais parce que c’était celui qui me tolérait.
Il était facile à grimper , il ne m’avait jamais fait basculer  par une venteuse ruade , aucune de ses branches , même les plus fragiles , n’eut jamais cédé sous mon poids .
Toujours il m’a offert  une  ramification secourable en cas de danger.
Je n’en suis jamais tombé.


Chaque années donc, mon excitation grandissait en même temps que mon impétuosité.Je m’aventurais toujours plus haut , trouvant une nouvelle prise , un nouvel appuis  souple et confortable me permettant d’y rester caché  des heures durant .
Je contemplai les alentours, tout en prenant un copieux dessert en cueillant une a une, les  gourmandises charnues qu’il m’offrait.

Mon arbre était du genre farceur.Parfois en retournant l’un de ces fruits gorgé de sucre et de soleil , je le découvrais alors tout croqué et picoré.Les cerisiers , c’est bien connu ,réservent toujours  aux oiseaux ,les meilleurs morceaux.
Et le mien ne dérogeait pas à la règle.
Parfois en levant le nez trop haut , des petits bouts de feuilles sèches me tombaient dans les yeux.
Lorsque des pucerons se mettaient à grignoter ses feuilles , on attrapait des coccinelles pour qu’elles fassent le ménage…
Une autre bébête , très particulière et que je n’ai croisé que dans ses branches, semblait m’y donner rendez-vous à chaque mois de mai : L’ « Oulema Melanopou. »Mais on l’appelait simplement « la bestiole ».
Il paraît que c’est un parasite.
Je témoigne ici solennellement qu’elle ne nous à jamais rien fait .
Elle me laissait manger tranquille dans mon arbre , et je faisais de même.



Tout là-haut , la tête dans les nuages , tel un « guinche lune »,seul mon petit nez dépassait de sa toison verte et touffue , agrémentée de touches rouges sombres ça  et là , rouge qui disparaissait au grès de ma gourmandise.

Entre ciel et terre…Que j’étais bien !
Je jubilais lorsqu’un adulte passait au-dessous … J’observais .J’écoutais.Je voyais sans être vu. J’étais invisible.

De la cerise , je mangeai tout.
Dégageant habilement le noyau avec la langue et les dents ,  sans en détacher la queue…Puis enfin je croquais le noyau , sans (presque) jamais rompre l’amande lovée à l’intérieur…Toujours avec les dents , j’enlevai la fine couche amère autour de l’amande , puis la croquais pour en apprécier  cette espèce de petit goût anisé.

Pour finir , je mâchouillai la partie tendre de la queue et crachais le peu du reste sur ma petite sœur qui au sol , pestait de ne pas pouvoir me rejoindre.

Je crois que ces souvenirs de moi dans cet arbre, sont parmi les  10 moments les plus heureux de  toute ma vie .

Mais un jour ,on l’a coupé.

À la place ,on y a construit grosse dalle en béton , sur laquelle je ne manque jamais de cracher à chaque fois que j’y passe devant .
Cette  dalle fut  destinée à y accueillir une moche piscine de taule et de plastique .
C’est mon  oncle qui l’a coupé.Enfin , je crois.
Et j’ai laissé faire.
Je pense que je n’étais pas là.
Je ne sais plus.
Je veux oublier
Je n’ai rien dis…

Jusqu’à il y a peu…
Il y a peu ,  Mamie Dédée a prétendu que l’on avait pas eu le choix , car il était malade.

C’est la première fois que j’ai crié sur Mamie Dédée.
Les vrais malades sont pour moi , les gens qui coupent des arbres pour y mettre des piscines.

C’est la seule   fois que l’on s’est disputé.
Disputé pour un vulgaire arbre.

Je n’ai jamais acheté de cerises .
Lorsque l’on m’en propose une ,  je refuse.

Je ne peux manger une cerise que fraîchement  cueillie à même l’arbre.
Présentées dans un panier , sur une table , j’ai l’impression qu’elles sont mortes.


Mortes comme cet arbre que l’on a bêtement coupé.




                             









2 comments:

Étienne grégoire said...

Comment donner envie de manger des cerises fraîches ? Faites du Bianco !
Mmmmh ! De délicieuses cerises ! J'ai faim, maintenant... Vivement le printemps que l'arbre chez ma mamy en donne !
(Mamy fan de vos Bd, aussi.)
À bientôt ! :-)

Étienne grégoire said...

Comment donner envie de manger des cerises fraîches ? Faites du Bianco !
Mmmmh ! De délicieuses cerises ! J'ai faim, maintenant... Vivement le printemps que l'arbre chez ma mamy en donne !
(Mamy fan de vos Bd, aussi.)
À bientôt ! :-)